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Vladimir Zidlicky

Vladimir Zidlicky : Le Corps de la Photographie

« Parce que le corps de la photographie n’indique pas quelque chose qui lui est extérieur, son corps et le corps dans la photographie qui s’imprime lui-même en moi sont indissociables." - Daniel Just

De nombreux textes intéressants ont déjà été écrits sur le travail du photographe tchèque Vladimir Zidlicky. Ses grandes compositions figuratives pleines de tension expressive sont une invitation aux analyses de la forme mais également du contenu, dont la plupart portent sur la technique originale du photographe aussi bien que sur le message existentiel de son travail. Pour moi, cependant, la véritable magie des photographies de Vladimir Zidlicky réside dans l’application de l’expressivité du corps humain dans le corps de la photographie elle-même, qu’il accomplit à travers son approche destructrice.

Un vrai effort aussi bien physique que mental de la part du photographe dans le cadre de la gestuelle de la manipulation du matériel photographique permet de transformer l’image non corporelle en deux dimensions en une couche de substance corporelle apte à conserver des empreintes externes, tout comme la peau humaine conserve ses blessures et ses cicatrices. La concentration de forces et d’énergies invisibles du corps exalté à travers ses photographies rayonne vers l’extérieur, brisant la pellicule comme une mince couche de glace. De cette façon, Vladimir Zidlicky rend l’intervention humaine à la photographie et la retiens en même temps. Il transforme la substance visuelle en substance palpable.

Ce procédé très recherché est également soutenu par le travail délibéré du photographe avec le temps, comme le processus du vieillissement. Dans un court laps de temps Zidlicky use le corps de la photographie à travers sa destruction délibérée, pour ainsi remporter la course avec le temps. Égratignures, rainures et boutons évoquent l’effet de l’exposition prolongée aux ravages du temps sur les photographies et les négatifs négligemment jetés loin dans un sous-sol ou même soumis à la puissance destructrice des inondations. Les efforts de Zidlicky pour dépasser le vieillissement naturel de la photographie amplifient énormément dans l’esprit du spectateur le concept de corps vivant de la photographie.

L’interconnexion fondamentale du corps des modèles et du corps de la photographie est également facilitée par la composition intime soigneusement planifiée de l’espace photographique. Les modèles se refugient dans un sombre espace non identifiable qui ressemble aux entrailles d’un mystérieux corps : dans certains endroits, ils ressemblent à des êtres lumineux nageant dans le liquide amniotique, ailleurs à des torses teintés semblant en lévitation dans de lourds brouillards sépia. Le corps de la photographie ne se matérialise donc pas seulement dans l’épiderme palpitant de sa surface, mais pénètre aussi dans l’intérieur de la photographie, étreignant son territoire imaginaire d’une substance vivante. La limite incertaine entre la vie "avant" et de la vie "après" contourne la vie elle-même. Et c’est dans ce contournement du présent que se trouvent l’intemporalité et l’universalité des photographies de Zidlicky.

Lucie L. Fiserova

 

 

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